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Bûcherons du Bois-Bernin

Cela avait été une bien belle fête, et le soleil avait été de la partie. La fête de l'Association des Bûcherons du Bois-Bernin de l'année dernière avait rencontré un franc succès, notamment le Concours des Bûcherons qui avait attiré une centaine de concurrents de toute la Suisse et du Jura Français voisin, mais aussi pour la première fois de la Bavière et même du Massif Central. Les touristes eux aussi étaient venus nombreux, curieux d'assister aux viriles empoignades des concurrents du Concours, de visiter le Musée du Bostryche nouvellement créé dans la petite ville et de respirer le bon air des montagnes. La bière avait coulé à flots, et les saucisses de veau s'étaient bien vendues. Qui prétendrait après cela que l'écologie n'était pas rentable...

Mais pour cette année, il faudrait faire les choses de manière plus rigoureuse car le Président de l'Association sentait bien qu'il risquait d'être dépassé par le succès. Il en avait discuté avec Monsieur Cottier le nouveau trésorier de l'Association, comptable de son état, qui n'avait pas manqué d'attirer son attention sur certaines défaillances de l'organisation de la fête auxquelles il faudrait rapidement remédier. Un point particulièrement délicat concernait le fameux Concours des Bûcherons. Avec un nombre de participants croissant (on voyait même des touristes s'y inscrire !), il y avait eu des cafouillages nombreux : des concurrents engagés dans deux épreuves au même moment, des résultats qui arrivaient trop lentement, des classements erronés qui provoquaient l'ire de rudes gaillards peu enclins à la discussion.

Monsieur Cottier, qui dans son travail utilisait maintenant l'informatique d'une manière courante, pensait que la gestion du Concours pourrait facilement se faire sur un ordinateur qui garantirait la cohérence des informations et une rapidité dans la communication des résultats partiels, puis définitifs, des différentes épreuves. Il se remémorait le déroulement chaotique du dernier Concours, et ce faisant il avait regroupé différents documents utilisés l'année dernière et essayait de mettre noir sur blanc le fonctionnement du Concours.

Tout d'abord, il y avait les concurrents. Ceux-ci s'inscrivaient à l'avance pour la plupart, mais on en acceptait jusqu'à la veille du Concours. La majorité venaient en équipe d'une localité plus ou moins lointaine car il y avait aussi un classement par équipe très disputé. Il y avait donc des inscriptions par équipes pour ce concours; pour cela il fallait au moins trois concurrents placés dans les épreuves individuelles et on faisait la moyenne des scores des trois meilleurs participants de l'équipe. Par ailleurs certains concurrents s'inscrivaient en individuel et ne figuraient dans aucune équipe. Chaque concurrent se voyait distribuer au début du Concours un dossard avec un numéro.

Le Concours lui-même comportait trois épreuves. Il y avait tout d'abord celle du sciage, plus connue des habitués sous le nom de la "Rondelle". Il s'agissait de découper à la scie à chaîne dans un tronc une tranche d'une épaisseur comprise entre un et deux centimètres. Cette tranche devait avoir des faces aussi parallèles que possible et le résultat d'un concurrent était l'addition du temps en dixièmes de seconde et de la différence entre les épaisseurs minimum et maximum (en dixièmes de millimètre) de la rondelle débitée. La deuxième épreuve était celle de la hache. On mesurait tout simplement le temps pris par un concurrent pour couper en deux à la hache un tronc de sapin d'un diamètre standard. Enfin, l'épreuve dite du "Tirefort consistait à tirer dans le temps le plus court possible et sur une longueur de deux mètres un énorme tronc à l'aide d'un treuil manuel. Les concurrents étaient parfois spécialistes d'une seule épreuve et ne s'inscrivaient que pour celle-ci. D'autres s'inscrivaient à plusieurs épreuves.

Le plus compliqué dans l'organisation du Concours était de regrouper les concurrents en séries. Il s'agissait du regroupement d'une douzaine de concurrents dans un groupe qui se voyait attribuer un numéro, et cette série correspondait à une épreuve particulière. Dans chaque série, les concurrents avaient un numéro d'ordre, tiré au hasard, qui exprimait l'ordre dans lequel chaque concurrent passait l'épreuve dans sa série.

Une fois les séries constituées, il restait encore à les programmer dans la journée à une heure donnée. En effet, les épreuves se déroulaient pour chaque série durant une heure dont le début se situait à 9:00, 10:00, 11:00, 12:00 puis l'après-midi à 14:00, 15:00 et 16:00, les résultats devant être prêts à 17:30 pour le palmarès et la distribution des prix. Bien évidemment, tant la composition des séries que leur programmation dans la journée devaient empêcher qu'un concurrent n'ait à participer à deux épreuves au même moment.

C'étaient donc six classements qu'il fallait produire en fin de journée, en individuel et en équipes dans chaque épreuve. Il n'y avait pas de vainqueur général car on ne pouvait aisément combiner les scores dans des épreuves très différentes. Par contre l'élection très prisée de Miss Bûcheron compensait cela. Mais c'était un autre problème.

Les documents qui suivent donnent un exemple d'un certain nombre de listes qu'il fallait produire avant, pendant ou après le concours.

© JC Courbon. Reproduction interdite sans accord de l'auteur