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Fusion-FM
Cinq ans déjà... On allait fêter le cinquième anniversaire de la création de cette radio locale de la région de Genève. Un vrai succès d'avoir survécu à une concurrence acharnée qui avait fait des victimes parmi ceux qui s'étaient lancés dans cette aventure. Et on enregistrait même les premiers bénéfices comptables... Fusion-FM avait trouvé son équilibre sur la base d'une idée de programmation musicale variée, donnant sa place à de nombreuses formes de musiques de toutes les origines géographiques qui correspondaient bien au public international et ouvert que recelait la région genevoise. Et l'essor récent de la 'World Music' ou 'Sono Mondiale' faisait de Fusion-FM une station au public très large même si elle n'entamait guère le créneau des personnes agées que courtisait la station concurrente Papy-FM.
Mais à ce jour, le nombre considérable de disques de tous horizons que la station stockait, et qui s'augmentait chaque jour commençait à poser de réels problèmes. Tout d'abord de stockage et de classification et il devenait de plus en plus difficile de retrouver un disque ou de le remettre à sa place et composer un programme musical relevait du casse-tête. Par exemple, pour l'émission 'A vous l'antenne', les auditeurs demandaient que l'on passe un titre et cela tenait de l'exploit de retrouver le disque le temps qu'ils expliquent à l'antenne pourquoi ils aimaient ce titre.
On avait donc été obligé de reprendre à zéro la classification et le rangement des disques. On avait choisi un fournisseur de matériel de classement qui proposait des meubles permettant de ranger une grande quantité de disques, avec des armoires de type A, B et C et des rayonnages pour les Compact-Disques, les 33 tours et les 45 tours respectivement. Ensuite, on avait décidé de créer un numéro de classification interne et de classer les disques systématiquement dans cet ordre qui serait celui de l'ordre d'arrivée du disque. Cela changeait complètement de la manière dont on avait fonctionné jusqu'à présent. En effet, on classait par ordre alphabétique sur le nom de l'artiste ou du groupe, ce qui permettait de voir facilement tous les disques que l'on avait pour un artiste donné. C'était pratique à certains égards, mais on était toujours en train de reclasser les disques car les bacs progressivement débordaient par ajouts de nouveaux disques. Et ensuite, les disques se trouvaient de toutes façons dispersés car si on s'intéressait par exemple au chanteur Sting, on le trouvait bien évidemment sous son nom, mais il fallait chercher dans 'Police' pour le retrouver dans ses prestations anciennes avec ce groupe. Avec la future organisation, les disques se suivraient dans l'ordre d'arrivée dans la station donc au hasard, mais au moins ils se retrouveraient à une place fixe et non ambiguè. Mais du coup, il était impératif de disposer d'un moyen efficace de déterminer sa place, c'est-à-dire la correspondance entre le titre du disque et son numéro interne de telle sorte de le retrouver. Le remettre à sa place serait aisé au vu du numéro interne qui serait inscrit sur la pochette. Seule l'informatique permettrait une telle organisation, mais elle ne se justifiait que si elle permettait d'autres traitements que l'on avait envisagés et qui rendrait Fusion-FM encore plus performante.
Un des objectifs du futur système, au delà de la simple correspondance entre le numéro interne de classification (composé du type du disque - A, B ou C - et d'un numéro d'ordre) et son titre ainsi que son interprète (musicien ou groupe), concernait le contenu du disque, des morceaux qui s'y trouvaient et des musiciens qu'y intervenaient, et pour les morceaux, quels en étaient l'auteur (pour les paroles) et le compositeur (pour la musique). En effet, il était intéressant de disposer de cette information pour faire des commentaires à l'antenne sur le titre que l'on allait passer, ou qui venait d'être joué. D'autre part, la disponibilité de toute cette information faciliterait la mise sur pied de jeux du style "Le premier qui nous téléphone pour nous dire le nom d'au moins trois musiciens du groupe REM gagne leur dernier CD qui vient de sortir...".
De la même façon, l'émission "Mes chansons préférées" tournait autour d'un invité qui parlait des chansons qui l'avaient marqué, et pour préparer rapidement l'émission, il était bon de faire le choix musical des disques qui passeraient à l'antenne. Ainsi, si l'invité, épris de musique brésilienne, souhaitait entendre 'A girl from Ipanema', on devait retrouver très vite l'auteur et le compositeur ainsi que les différentes versions du morceau afin que l'invité choisisse par exemple entre celle du regretté Stan Getz et celle regrettable de Lio.
Un dernier aspect potentiellement très utile avait trait à la généralisation du Compact Disque, et le fait qu'avec ce dernier on pouvait aisément faire passer un morceau particulier du disque en affichant son numéro de plage sur la platine. Si donc on disposait pour chaque disque de la liste des morceaux et de leur numéro de plage sur le disque, il devenait facile de préparer la programmation de telle sorte que la personne en charge de lancer les chansons puisse le faire en tapant sur sa console le numéro de la plage indiqué sur le listing des titres à passer.
En définitive, la question était de voir comment organiser toute cette information et le responsable de Fusion-FM essayait de rassembler ses idées sur tout ce qu'il serait nécessaire pour avoir dans le futur, disponible sur un écran d'ordinateur, tout ce qu'il envisageait.
D'un côté, il y avait bien évidemment les disques, avec leur numéro interne pour identification et classement dans les armoires, ainsi que le titre du disque, l'éditeur, le numéro d'identification propre à l'éditeur, la date de parution. Et pour chaque disque on avait besoin des morceaux qui y figuraient avec leur titre, leur durée en minutes et secondes et leur numéro de la plage. D'un autre côté, il y avait les musiciens ainsi que les groupes dont éventuellement les musiciens faisaient partie. Certains de ces musiciens pouvaient aussi être l'auteur(parolier) et/ou le compositeur (de la musique) des morceaux répertoriés par ailleurs.
Le responsable se rendait compte que les choses pouvaient se compliquer. Un morceau pouvait avoir plusieurs auteurs et/ou compositeurs, mais il avait décidé qu'il fallait trancher pour simplifier et que chaque morceau n'aurait qu'un seul auteur et un seul compositeur (le principal s'il y en avait plusieurs). Par ailleurs, fallait-il faire une différence entre des personnes qui chantaient ou jouaient, donc interprètes, et celles qui avaient écrit ou composé les morceaux? Evidemment, Serge Gainsbourg avait écrit tant pour lui-même que pour d'autres, tandis qu'Etienne Roda-Gil avait écrit pour Julien Clerc ou Vanessa Paradis sans jamais interpréter... Le responsable pensait qu'il ne fallait pas faire de distinction et mettre toutes ces personnes sous le label 'musiciens'.
Un autre problème concernait la relation entre un disque et son interprète. Dans certains cas, il s'agissait d'un musicien (Graceland de Paul Simon), dans d'autres cas d'un groupe (Communiqué de Dire Straits) et enfin d'un musicien et d'un groupe (Mainstream de Lloyd Cole and The Commotions). Cela ne devait pas poser de problèmes pour autant qu'un disque ne puisse avoir comme interprète qu'un seul musicien et/ou qu'un seul groupe. Par contre, il y avait certains cas particuliers de disques pour lesquels on voulait pouvoir accéder à certains musiciens qui avaient accompagné l'interprète principal. Par exemple, le fameux 'Kind of Blue' de Miles Davis était bien évidemment répertorié comme un disque de Miles Davis, mais il était important pour ce disque de pouvoir retrouver le fait que John Coltrane y avait participé comme accompagnateur. Et donc un musicien, quelque soit le fait qu'il soit l'interprète principal d'autres disques, ou compositeur de certains morceaux par ailleurs, devait pouvoir apparaître comme ayant accompagné l'interprète principal sur un disque particulier. Seul un nombre limité ( un sur cent à peu près) de disques nécessitaient une telle information complémentaire.
Tout ceci était bien compliqué, et le responsable se demandait si une base de données offrant toutes ces informations était à la portée de sa station FM... Quel volume prendrait cette base de données. Il avait quelques chiffres en tête. Près de 10,000 disques déjà en stock, et près de 250 en plus chaque mois au rythme actuel. A raison de 5 ou 6 disques en moyenne par musicien, cela faisait beaucoup de musiciens. Pour les groupes, il fallait bien en compter quelques centaines. Que dire des morceaux à répertorier ? Il fallait en compter entre 5 et 10 par disque, mais un même morceau pouvait apparaître sur plusieurs disques. Tout combiné, cela risquait de faire un volume important.
Le responsable se demandait si dans le fond une telle réalisation était envisageable, si Fusion-FM pouvait la faire pour son compte. Ne pourrait-on pas la revendre à d'autres radios locales ce qui à terme pourrait constituer une source de revenus intéressante tout en plaçant pour le moment la station en pointe dans sa future expansion ?...
© JC Courbon. Reproduction interdite sans accord de l'auteur